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Que penser du syndrome de l’imposteur ?

Que penser du syndrome de l'imposteur ?

Le syndrome de l’imposteur serait dû à une véritable dissonance entre une dévalorisation intime de soi et une valorisation sur le plan social.

Proposé en 1978 par Pauline Clance et Suzanne Imes, puis principalement conceptualisé en 1985 par la première d’entre elles, professeure de psychologie clinique à l’université de Georgie, le syndrome de l’imposteur est aussi appelé imposture névrotique, complexe de l’imposteur, sentiment d’imposture ou de fraude perçue.

Un consensus issu de recherches expérimentales se dégage pour en identifier trois points essentiels. D’abord, le sujet a l’impression de tromper son monde. Ensuite, il éprouve la peur plus ou moins intense et permanente de se voir démasqué. Enfin, il souffrirait d’un biais cognitif qui lui ferait commettre une mauvaise attribution systématique.

La crainte d’être démasqué pousse l’imposteur à mettre au point des stratégies de défense. Ce sont ces stratégies qui sont susceptibles de nuire à la santé des individus.

On note généralement :

  • L’investissement d’une trop grande énergie et d’un temps de travail trop important par rapport à la tâche demandé. Cela permet à l’individu d’attribuer son succès éventuel à une grande quantité de travail et non à ses compétences réelles, avec le risque de souffrir, à long terme, d’un burn out.
  • La préparation à l’échec, avec une motivation et un investissement volontairement freinés. Cette stratégie permet d’éviter la confrontation avec les félicitations des collègues de l’individu, mais ne concourt pas à l’épanouissement.
  • Un attachement insécure, un environnement familial conflictuel ou répressif, la négligence ou au contraire la surprotection pourraient favoriser la formation du syndrome.

On trouve également des explications dans :

  1. Une ligne de partage entre les conceptions opposées émanant de la famille et celles véhiculées à l’extérieur : les parents trouvent l’enfant médiocre mais l’école l’apprécie, ou l’inverse. Le même type de malaise peut être provoqué par deux parents qui ne sont pas d’accord entre eux. Dans le doute, l’enfant aurait tendance à se focaliser sur le négatif.
  2. Le rôle de l’intelligence qui est excessivement souligné : elle est perçue comme une vertu cardinale amenant tout naturellement au succès, sans effort qui plus est. Il faudrait par conséquent être doué, brillant, si possible génial, pour réussir. Or, croit l’enfant concerné, on est intelligent ou on ne l’est pas : l’intelligence est innée, stable, et non contrôlable. L’enfant s’oriente non vers l’apprentissage (où il faut se centre sur la tâche pour s’améliorer, pour apprendre, faire mieux), mais vers la performance (avec la peur de mal faire).
  3. Un enfant ne bénéficiant d’aucun renforcement positif, d’aucune approbation, d’aucune reconnaissance de ses qualités, qui se trouvera bien en peine d’expliquer ses éventuelles réussites par ses qualités propres, qu’il aura trop de mal à évaluer.
  4. À l’inverse, le syndrome de l’imposteur apparaîtrait facilement chez un enfant tenu pour très intelligent (Haut Potentiel), ou, d’une façon ou d’une autre, atypique. Il serait alors amené à renoncer à son vrai self, à se conformer aux attentes de ses parents pour préserver un lien émotionnel avec eux.

Le syndrome serait observé dès l’âge de douze ans, mais concernerait surtout les jeunes adultes. Il s’atténuerait avec l’âge, mais pourrait resurgir lors des grandes étapes de la vie que sont un nouvel emploi, un nouvel amour, un nouvel enfant…

Comment savoir si l’on souffre parfois du syndrome de l’imposteur ?

  • Réactions “normales” face au succès : fierté, satisfaction personnelle, efficacité, compétence, attributions adaptées et méritées.
  • Réactions pouvant faire penser au syndrome de l’imposteur : forte implication, humilité, forte modestie.
  • Réactions en lien avec le syndrome de l’imposteur : troubles anxieux, troubles dépressifs, affects négatifs.

Ce syndrome constituerait finalement une forme d’anxiété sociale qui s’accompagnerait de symptômes dépressifs ou d’un trouble de la personnalité. Pour autant, en soi, il ne s’agit pas d’un trouble psychique au sens clinique du terme : nous ne sommes pas dans la pathologie, mais dans l’inconfort. Les sujets concernés seraient très consciencieux, voire perfectionnistes, plutôt introvertis et plus sensibles, avec une grande intensité, aux émotions plus négatives que positives. La question de savoir si le syndrome constitue un trait de personnalité à part entière est cependant toujours débattue.

Peut-être vous reconnaissez-vous comme atteint par le syndrome de l’imposteur à la lecture de cet article ? Il n’y aurait rien d’étonnant à cela, puisque la fourchette haute de la prévalence serait de 70 % de la population générale !

Voilà que le syndrome, jadis circonscrit aux cas de réussite manifeste, est même décrit chez des personnes à la vie ordinaire en apparence : la réussite éventuelle ne ferait qu’accroître le sentiment initial d’imposture. Les imposteurs sont-ils parmi nous ? Mais si nous le sommes tous … le problème n’est plus le même. C’est ne pas l’être un peu qui serait inquiétant… ?

En effet, cette course vaine à l’excellence, voire au triomphe éclatant, se généralise dans tous les domaines de l’existence, sur fond de dénigrement de ses compétences, jamais assez probantes, et d’ignorance des compliments, jamais assez mérités.

Alors, le syndrome de l’imposteur existe-t-il vraiment ou est-il simplement la conséquence d’une société qui pousse toujours plus loin les nécessités d’être performant tout en faisant trop souvent l’impasse sur la reconnaissance ?

Je me pose la question.

Syndrome de l’imposteur — Wikipédia

Crédit photo : Pixabay